J’étais tranquillement au bureau quand mon portable a sonné. On demande aux visiteurs de ne pas se servir du leur, les agents sont priés d’en faire autant. Je suis sortie. Trop tard. Ma collègue a déboulé « Vite, c’est ton filleul ! ». C’était Jean « Marraine, c’est pour te dire que j’ai ton chien avec moi… » ???

En fait, mon filleul, il est comme moi : il adore les chiens. Alors ce matin, alors qu’il prenait le frais devant la fenêtre ouverte, il a entendu un tic-tic-tic de griffes sur les pavés, il a regardé et a vu passer…Bianca. Comme j’avais l’habitude de me promener avec Roxane sans sa laisse, il en a déduit que je devais suivre ma chienne. Il est allé se poster sur le pas de la porte, dans l’intention bien arrêtée de se moquer de moi dès que je passerais le coin de la rue « Toi qui es dans tous les règlements, tu ne sais pas qu’on doit retenir les chiens en laisse ? » Seulement, je ne suis jamais passée. Forcément.

Quand il a vu que la chienne se dirigeait au petit trot vers notre itinéraire de promenade, il a pensé qu’elle me cherchait « Oh m…, elle se tire ! » Et il n’a fait ni une ni deux, il a sauté dans sa camionnette, a poursuivi Bianca, l’a dépassée et lui a coupé la route. Il l’a attrapée à bras le corps –heureusement il n’a pas peur des chiens et il est costaud- et l’a jetée à l’arrière de son véhicule. Puis il l’a ramenée chez lui et m’a prévenue. Ensuite il m’a prévenue. Pour la petite histoire, il a fait tout ça en risquant un procès-verbal pour exhibitionnisme, parce que soucieux avant tout de récupérer la chienne, il n’a pas pensé qu’il était…en slip et en sandales !

Il a proposé gentiment de venir me cueillir au bureau et de me remonter au village, que je puisse ramener Bianca à la maison. Bonne idée ! Mais il n’en avait pas encore fini avec les émotions, le malheureux ! Quand il est monté à sa chambre pour se rendre décent, Bianca lui a emboîté le pas à la vitesse d’un TGV, est entrée en trombe dans la chambre de ma belle-sœur, et s’est précipitée à la fenêtre ouverte. Mon filleul lui a plongé dessus, à une seconde près elle passait par la fenêtre ! « Je l’ai attrapée au vol, elle a fait « kaïïï », je lui ai peut-être fait mal, mais ça valait mieux que de tomber de 4m ! » Bien d’accord avec toi !

Quand j’ai récupéré la transfuge, Jean m’a raccompagnée pour aller voir par où elle avait pu passer. Par où nous le pensions tous les deux : il y a un petit passage entre le cabanon et la clôture, assez étroit. Et au bout, la clôture est un peu détachée : elle a agrandi le trou, traversé le jardin des voisins et filé par les garages communs. Mon filleul, il a de l’or dans les doigts. Il est allé chercher ses outils, a récupéré des planches de caillebotis qui ne servaient plus, les a assemblées entre elles et a condamné le passage à deux endroit, comme ça elle ne peut plus atteindre le trou de la clôture. Et si elle contourne le cabanon, elle se trouvera dans un cul-de-sac. Il a fixé tout ça bien solidement. Merci, mon filleul adoré, ça vaut bien une somptueuse tarte aux cerises !

N’empêche que je suis sous le choc. Si Jean n’avait pas été là, s’il n’avait pas regardé à la fenêtre, aurais-je retrouvé Bianca ? Et si oui, dans quel état ? Ca me rend malade, après coup, je tremblais comme une feuille. Est-elle naturellement fugueuse, ou a-t-elle voulu me chercher ? Je préfère pencher pour la deuxième solution, parce que quand je suis là, elle n’a aucune velléité de fuite, au contraire. En tout cas, je suis mal, je suis mal, je suis mal… Tant que le dispositif anti-fugue n’aura pas fait ces preuves, je ne vivrai pas.

(je rassure tout le monde, je n'ai pas l'intention de la rendre, mais elle m'a fait une brave peur, et je crains que ce ne soit pas fini.)