Va savoir pourquoi, ce matin, j'ai pensé à toi. Puis j'ai réalisé que ça faisait trois ans déjà. Trois ans pile.
Depuis qu'Aisling est partie en Février 2016, je n'ai plus de rats à la maison. Toi et tes copines me manquez. Ton entrée dans la vie a été merdique, la suite un peu compliquée, mais tu es un des petits êtres qui m'ont le plus marquée. Alors j'avais envie de partager ce texte, que j'avais écrit à l'époque.




Elegy (06/12/2010- 16/06/2014)


L'odeur de vieux rat n'imprègne plus ma chambre, le tambour de la machine n'est plus parsemé de poils noirs. Désormais, ma main n'a plus cette appréhension avant de pénétrer dans la cage. Ma croquemitaine n'est plus.

Vivre avec toi n'a pas toujours été facile, loin de là. Tu étais hypersensible, territoriale, à fleur de peau. A partir de tes 8 mois, mettre la main dans la cage signifiait un risque de morsure, et tu ne faisais pas semblant. Mais avec tes copines, tu étais bien, et c'est ce qui importait à mes yeux. Jusqu'au jour où tu t'es mise à t'en prendre à tout le monde. La stérilisation t'a détendue, mais envers les bipèdes ce n'était toujours pas le grand amour. Tu ne tolérais le contact sans chercher à mordre ou à fuir que lorsque tu étais patraque. Une fois remise, il fallait à nouveau se méfier.
Tu t'es adoucie et rapprochée de nous un mois avant la fin, mais peut-être n'étais-ce que l'instinct.

Tu n'appréciais pas beaucoup les humains. Dommage pour toi, je m'étais attachée.

Il y avait ces moments, où tu t'installais au niveau de ma tête quand je passais à côté de la cage, et où tu te mettais à globuler si je te parlais. Alors je te racontai des histoires, des bêtises sans queue ni tête, ou je te lisais des sources en Ancien Français. Notre seul contact, la seule chose qui me fait penser que peut-être, tu m'aimais bien. Même si c'était à ta manière. A qui lirais-je mes dernières trouvailles désormais?

Je n'aime pas vraiment parler. Tant pis pour moi, tu aimais ça.

Mon immortelle, toi que j'avais longuement hésité à nommer Erzsébet. J'aurai dû. Même goût pour le sang de jeunes femmes, même semblant de jeunesse éternelle. Opérée à 37 mois, tu t'es réveillée comme une fleur et, jusqu'à quelques semaines avant ton départ, tu ne faisais pas ton âge.
Mais les tumeurs t'ont rattrapée, trop agressives, trop nombreuses, trop lourdes pour ton petit corps amaigri et parésié. Tu perdais un peu la tête, il fallait te présenter la nourriture pour que tu manges, toi qui pendant longtemps ne touchais pas aux gamelles d'extra qu'on te donnait si tu étais seule, comme si nous allions t'empoisonner, ou qu'une soupe de légumes avait décimé ta famille. Et tes copines qui s'étaient mises à t’ignorer...

Lorsque j'ai pris ce rendez-vous chez le vétérinaire c'était pour avoir son avis, un point de vue objectif sur la situation. Toujours cette crainte de prendre cette décision trop tôt ou trop tard. D'avoir pu rogner sur des jours heureux en votre compagnie, ou de vous avoir laissé souffrir.
Sur le chemin du retour, la boîte de transport était vide. Ce n'était pas ce que je souhaitais, j'aurais voulu que tu partes dans ton sommeil, à la maison, et non pas sur une table d'anesthésie. Mais pour la première fois, j'ai l'impression que c'était au bon moment.

Au revoir ma noireaude, de par tes morsures ton souvenir restera gravé dans ma chair, en plus de mon coeur.
Elegy (06/12/2010- 16/06/2014)-img_5911.jpg